LA RUE, MA VIE, JE LA DETESTE

LA RUE, MA VIE, JE LA DETESTE

 

 

             Albaka, est un petit garçon qui vit dans un quartier dominé par des hommes armés, qui gagnent leur vie en servant de couverture à des hommes politiques et à des trafiquants de drogues influents qui perturbent et déstabilisent le fonctionnement de la capitale haïtienne à leur profit. D´ailleurs il faut reconnaître qu´ils bénéficient de cette situation chaotique qui ruine notre pays où pullulent chômage, misère, insécurité, prostitution qui poussent beaucoup de jeunes à se livrer dans des actes banditisme, à la drogue, au tabac et à l´alcool.

 

Grandi, dans un climat de tension incessant sous des tires nourris des gans armés et d´une police bien souvent téléguidée pour exécuter des ordres venants d´en haut. Albaka va connaître des jours sombres dès sa plus tendre enfance. D´abord il est témoin de la mort de son père, son oncle et de trois autres voisins, tués par la police juste après le départ d´Aristide, sous prétexte qu´ils étaient des partisans farouches de ce régime.

 

 

Ainsi, il a vu sa mère se prostituer pour venir en aide à la famille et surtout pour subvenir aux besoins du petit handicapé, le dernier de la famille. A peine âgé de  13 ans, le petit Albaka participait déjà aux dépenses de la famille. Son emploie du temps, comme des centaines de petit frères haïtiens sous le pavé n´est autre que d´essuyer les pare-brise des voitures le long des rues de la capitale. Comme il n´habitait pas trop loin, il avait choisi de se positionner sur le bicentenaire non loin de la demeure familiale, et là il pouvait facilement apporter à manger à la maison. Vivre pour moi est un rêve, dit souvent le petit Albaka, car en réalité je ne vis pas. Nous ne vivons pas, les enfants des rues, les enfants pauvres de ce pays. Notre vie est faite de cauchemars seulement. Car nous vivons dans une société qui ne veut pas de nous, nous sommes dans tout propre cela condamnés à forger notre existence.

 

Des armes, le petit Albaka pouvait facilement les manœuvrer. Car ses aînés l´utilisent souvent dans des opérations nocturnes et la plus pas du temps, ils sont pour eux des éclaireurs à des policiers très puissants qui font les deux à la fois. Nous sommes les mal aimés de cette société dit-il, de cette société qui nous voit grandir sans nous accorder aucune considération. Cette société ne fait rien pour nous aider à sortir de cet enfer où nous sommes plongés depuis la nuit des temps. Voila pourquoi nous sommes capables de tout, dit Albaka. La ville est sous notre contrôle, et demain nous allons nous venger, nous allons nous rendre justice. De quelle justice voulait-il parler un enfant de son âge. A-il raison de penser de la sorte ? L´histoire dira la suite…

 

Albaka, qui n´a jamais été a l´école croit qu´un enfant n´existe que si on le regarde comme une personne humaine. Hélas personne ne lui a jamais accordé un regard, sauf pour accomplir des actes criminels. C´est vrai que les enfants des rues sont mal vus et sont livrés a eux-mêmes. Je crois que le petit Albaka a réellement raison, car c´est la culture commune et le regard des autres qui font d´un enfants un être à part entier. Pour survivre, il ne lui reste que des bribes d´instincts. Privé d´éducation l´enfants qui vit dans les rues, comme le petit Albaka a horreur de cette société qui le rend orphelin, abandonné, une société, qui ne fait rien pour répondre aux besoins des plus démunis, des sans voix, des déshérites et de notre pays.

 

Albaka, maintenant est orphelin de père et de mère. Cette dernière a trouvé la mort en mettant au monde son cinquième enfant d´un père sans doute inconnu.  Le jeune Albaka devient donc à la fois père et mère de ses trois petits frères et sœurs. Sa vie est donc désormais la rue, son école est la rue, son emploi, les voitures, ses patrons, les passants à qui il tend la main. Donc, sans famille, il forge son destin et celui de ses siens, il est prêt à tout, d´ailleurs il fait déjà tout ce qu´il peut pour donner à manger à ses frères et sœurs qu´il appelle ses enfants, qui attendent sans doute eux aussi le temps et l´âge pour le rejoindre dans les rues. Comme l´a déjà fait Tako, le plus habile, âgé de 7 ans.

 

Albaka, pour répondre à ses responsabilités de chef de famille ou de frère aîné, a découvert des endroits où on donnait à manger gratuitement, comme (Lakou lakay), chez les Salésiens au bicentenaire, et un autre endroit qu´il ne rappelle pas le nom. Il frequente aussi un clan qui côtoie les chefs de gangs le plus puissants et les criminels notoires qui travaillent pour des politiciens actifs dans la capitale. Et puisqu´il est gentil, et très doué, il est souvent récupéré pour les activités les plus dangereuses, mais bien récompensées. Maintenant il s´en fou complètement de la société. Libre et autonome, il est fort comme n´importe adulte  malgré son jeune âge.    Il continue toujours a détesté cette société, qu´il accuse pour son silence. Il disait cette phrase si touchante, si dure, mais remplie de sens que ne pourrais pas ne pas la citer. (Cette société ne peut rien me reprocher disais-il puisqu´elle n´a rien fait pour nous aider à sortir de là, pour changer notre façon de vivre). A-il tors de penser ainsi, je ne le crois pas …

 

Albaka devient si puissant dans son clan, qu´il est devenu un leader, celui que les autres écoutent, mêmes certains parmi les plus âgés le respecte, il passe des ordres aux plus petit. En plus de tout cela, il à le sens du partage, ce qui es fort rare dans les rues. Quand les autres n´ont rien, ils partage son gain avec eux après avoir mis de côté ce qui lui revient. Certains intellectuels pensent que les enfants son sauvages par le manque d´éducation. Pour le petit Albaka c´est la société elle-même qui les rendent sauvages, donc les hommes, les autres, nous-même. Il a même osé me dire que les enfants sauvages sont ceux qui possèdent un cœur, pour ne pas tout accepter comme certains hommes en costume et en cravate de ce pays, qu´il voit défiler chaque jour des les rues avec deux visages.

 

A la fin de notre rencontre, il m´a révélé ceci. Je me souviens un soir, il pleuvait beaucoup sur la capitale, nous étions trois à traverser la rue Oswald Durand, soudain nous nous sommes interpellés par un homme bien portant, il devrait avoir autour de quarante ans. En s´approchant de lui, son visage me disait quelque chose. Il était de ceux pour qui j´avais l´habitude d´apporter des messages, don je travaillais pour lui un peu. Il m´avait proposé une affaire. Mon petit frère et l´autre camarade qui était avec moi me regardaient droit dans les yeux, il était vraiment drôle cet homme, il m´avait glissé ces mots à l´oreille. Si tu descends cet homme qui se trouve dans cette voiture de couleur rouge tu auras cent dollars. Il avait un flingue et une cagoule à la main.

 

J´étais vraiment paniqué ce soir là, car nous venons de passer une journée quasi sans rien avaler, et nous allons justement passer la nuit comme ça. D´ailleurs il pleuvait tellement durant la journée que toutes les activités étaient aux ralentis au centre ville. Donc il n´y avait pas de voiture, pas de poussière, pas d´argent non plus. Et voila qu´un homme m´offrait cent dollars pour tuer un autre, un frère avant tout. En regardant le petit Tako, je voulais prendre le flingue et les cinq billets de vingt dollars, car sur son visage je pouvais voir son ventre et j´imaginais les autres qui nous attendent dans une petite pièce laissée par nos parents à la maison, espérant que je vais apporter quelque chose à manger. L´autre camarade me faisait signe d´accepter la proposition, car il sait que pour moi, tuer était la chose la plus facile à faire. Il ne comprenait non plus rien, que cette proposition fut indécente. Car en ce moment même, je voyais les visages de toutes les victimes dont j´ai été la cause d´une manière ou d´une autre.  Mon esprit était tourmenté un peu.

 

Sans hésiter, je disais non. L´homme était surpris et affolé face à ma réaction, il ne pouvait pas comprendre pourquoi je ne voulais plus tuer. Je le disais non, non, plus jamais. Je ne veux pas de ton argent, laisse-moi tranquille. J´essais vraiment déterminé. J´avais faim, mais je ne voulais pas de cet argent, en plus je me suis dit que je voyais pas pourquoi je devrais tuer un autre pour quelques billets qui ne vont même pas durer une semaine. Pourquoi tuer des gens que je ne connais même pas, sans doute parmi eux il y a beaucoup de mes bienfaiteurs. Je me suis dit enfin, combien sont-ils les innocents dont les disparition ont été financées par cet homme qui font fortune avec cela quoiqu´il ne mettait pas ses mains sur les cachettes. Il avait pris un peu de temps pour me répondre, tu en veux plus tuer, bien, tu n´auras pas un sou. Je te le jure. J´aurai ta tête. J´étais là, à le regarder incapable de bouger, j´étais conscient de mon acte et des conséquence que cela pourrait engendrer. J´étais faible et plus fort que jamais, car je venais de comprendre que tuer pour vivre, c´était la plus pire des choses au monde, dur surtout pour un garçon comme moi.

 

Mon petit frère, me dit. -Al, pourquoi n´as-tu pas accepté, nous avons besoin du pognon pour vivre et pour aider les petits. Hélas, il ne pouvait pas comprendre ce que je vis dans mes cauchemars la nuit, après avoir tué ou blessé une autre personne sous commande. Lui qui n´a jamais encore touché à flingue. J´allais dormir affamé mais en paix et heureux. Heureux d´avoir accepté de dire non dans une situation où d´autres acceptent de dire oui.  Je disait à Tako : mon frère, Dieu seul à le pouvoir de tuer car c´est lui le créateur. Nous autres humains, nous n´avons pas ce droit. Je dois que le mot Dieu sortait pour la première fois de ma bouche car personne avant ne m´en a jamais parlé. D´ailleurs je ne sais même pas sil existe vraiment, pourtant ce jour-là je l´avais sur mes lèvres.

 

Il m´avait répondu. -  Mais qui est-il cette personne là, ce Dieu dont tu parle, où habite-il, dis-moi mon frère. C´est un chef de gang, c´est qui exactement. Il était nerveux et ennuyeux, il avait sans doute raison le pauvre Tako. Je ne  pouvais même pas répondre à ces questions, car n´ayant rien su de cet homme, qu´on appelle Dieu. Je me rappelle avoir dit, peut être qu´il est là haut. Mais ce là haut pouvait dire beaucoup pour lui, comme Petion-Ville, Kenscof, etc. Puis, je le prenais par la main, et l´autre à mes côtés, nous marchions comme des héros, comme des vainqueurs alors que nous n´avions rien sinon un cœur, un cœur qui commence à s´ouvrir pour mieux comprendre la réalité de cette piteuse société qui ignore notre existence. J´avais dit non à cet homme, non au crime, non à l´enfant sauvage que j´étais, que la société m´avait réduit, pour devenir un enfant comme tous les autres, un homme. Et avec cela d´aider d´autres camarades à sortir de cet enfer où des hommes mal intentions ne cessent de nous engouffrer, puisque nous sommes des enfants des rues, sans parents et sans amis. J´ai appris des lors à vivre et à grandir avec dignité malgré la souffrance et la misère quotidienne.

 

Paul Kesnel Louissaint



Article ajouté le 2007-02-19 , consulté 71 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens


Retour aux articles