LE CRI D´ALARME

Le cri d´alarme

 

Je n´aurais jamais pu imaginer qu´un jour mon pays serait dans cet état, où les gens ne pourraient pas vivre en toute sécurité et auraient peur de se déplacer loin de leur domicile, pour ne pas être touchés par un projectile ou être kidnappés. Maintenant le sang coule comme au temps du déluge de Noé dans nos rues, chaque jour il y a une victime de plus, le petit peuple n´est pas épargné. Je me demande qui sont derrière tout cela, car nous n´avons pas cette culture, la culture de la violence à perpétuité, du kidnapping à longueur de journée. Pourquoi tout cela ? Nous ne sommes pas en Irak, ni en Afghanistan, non plus Palestine. Pourquoi tout cela dans un petit pays comme le nôtre ? Je me souviens qu´au Cap Haïtien nous pouvions jouer au football jusqu´à 11 heures du soir et ensuite passer le temps à raconter des histoires ou à écouter de la musique. Jamais nous n´avions eu le souci des portes et fenêtres à fermer.

 

         Aujourd´hui il y a une sorte de terreur, il y a un couvre feu silencieux. Nous sommes certes en état de guerre, mais contre qui, avec qui ? Je ne peux pas croire que des haïtiens ayant le même sang que nous,  peuvent agir de telle manière. Chaque jour dans les rues, c´est toujours la même chanson. Il y a toujours une famille en détresse ou qui pleure. Pourquoi tout cela ? Le pire, c´est au moment où nous devons nous unir pour transformer la situation de tant de frères et sœurs qui pataugent dans la misère. Nous sommes devenus un peuple barbare, sans mémoire et sans piété ou pitié pour nos frères et sœurs de même couleur et de même origine. Je sais que pour les dirigeants, la situation est peut-être difficile à gérer, mais ensemble, je crois que nous pouvons changer les choses, en acceptant de dénoncer ouvertement les auteurs de ces crimes odieux, et surtout en criant haut et fort contre ce climat de panique et de tensions permanentes dans lesquels se trouve notre pays.

 

         Personne ne veut vivre dans le pays. Je peux l´accepter,, mais où peut-on vivre bien sinon dans sa propre patrie. On peut changer de pays, de nationalité s´il le faut, on restera toujours le citoyen de la patrie d´origine. Nous ne pouvons pas donner raison à un petit groupe de gens sans froid ni loi, qui veulent nous cogner sans pouvoir justifier la raison. Le cri d´alarme est lancé depuis belle luette. Les  militaires étrangers qui sont au pays, ne vont pas résoudre cette situation pour nous, car cela fait leur affaire, mais avec la détermination de toutes les couches de la société, nous pouvons chambarder cette cruelle situation qui risque de nous faire passer pour le peuple le plus idiot de la planète. Des actions, nous en avons besoin maintenant. Le temps des discours a pris fin depuis très longtemps. Nous avons la nécessité d´actions concrètes du gouvernement et de toute la société civile pour basculer la balance. Les chasseurs ont trop mangé, à nous autres, gibiers, de faire respecter ce vieux dicton qui faisait succès depuis la nuit des temps. Sauf, si cette exception voulait confirmer la règle.

 

         Je vois très mal la vie de mes frères et sœurs au pays, et nous autres, en dehors de cette réalité physique, en souffrons davantage. En effet, les nouvelles qui nous viennent n´apportent pas la joie ni le désir d´espérer un meilleur lendemain, cependant nous ne pouvons pas tout gober comme l´avait dit l´autre. Car après la pluie il y a nécessairement le beau temps. Si trop de sang d´innocents coule, trop de victimes, trop de cadavres dans les rues, c´est signe que notre temps est bel et bien arrivé. Il faut agir sans perdre de temps, il faut faire en sorte que les chasseurs ne s´aperçoivent même pas que nous autres, gibiers, nous sommes en train de faire notre révolution.

 

         Un ami m´a écrit pour me dire qu´au pays, on dirait que le soleil ne se lève jamais. Je ne savais comment lui répondre. Je lui ai seulement dit que le soleil ne se couche jamais. C´est nous les humains qui nous éloignons de ces rayons, donc de sa lumière. Je lui ai dit ensuite pourquoi tu me poses cette question. Il avait seulement pour réponse : Pour nous autres, c´est l´obscurité totale, car jour et nuit nous ne faisons que de compter des cadavres, c´est du sang qui coule dans les rigoles à la place de l´eau. Donc c´est la preuve que nous vivons absolument dans les ténèbres, nous sommes dans des cavernes crées par de pires monstres que celui de Frankenstein. Des hommes sans cœur, sans pardon, sans conscience, la preuve, même les enfants ne sont pas ménagés. Tout le monde est exposé. Nous  vivons seulement de corps. Nous n´avons plus le sourire, plus de cœur. Même les oiseaux ne chantent plus, c´est la désolation complète dans le pays.

 

         Il continue pour me dire que tout ceci est le résultat d´une politique de lâcheté et de la loi du silence, un silence qui tue et qui fait mal au cœur. Ainsi je suis resté muet devant ses mots, puisque détaché un peu de la réalité physique, je sens dans tout mon être ce qu´ils sont en train de vivre là-bas. Je n´avais que ces mots à lui dire, je les ai puisés de la pensée de Toussaint Louverture : Unissons-nous, frères et sœurs, et combattons pour une même cause, pour la paix, la sécurité et la stabilité, pour une société sans violence, ni haine, ni préjugé. Et surtout pour le respect des droits de tous les citoyens. Surmontons ensemble les obstacles de la violence, marchons sur le chemin de la paix et de la réconciliation véritable afin de briser toutes les chaînes de violence qui nous traumatisent depuis trop longtemps. Ne vous demandez pas ce que le pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le pays, pour vos enfants et les enfants de vos enfants, qui sont les plus vénérables devant ce carrefour d´atrocité.

 

         Si la nature a l´horreur du vide, il faut penser également que les victimes doivent avoir horreur de notre silence, un silence qui devient inévitablement complice des crimes de nos ennemis. Souvenez-vous de notre histoire comme peuple. Garvey disait « qu´un peuple ignorant de son histoire est comme un arbre sans racines ». Alors que nous autres, les nôtres sont si profondes et nombreuses qu´elles ont fait l´indépendance. Levons-nous mes frères et sœurs de la race puissante afin d´accomplir notre devoir envers la nation, car tous nous désirons la paix et la sécurité pour le bon fonctionnement du pays. Garvey continue pour dire « si tu n´as aucune foi en toi-même tu es doublement vaincu dans la course de la vie. Avec la foi tu as gagné avant même de commencer » c´est-à-dire que la victoire est dans nos champs. Il nous faut seulement nous lancer avec force dans la bataille pour conquérir la paix pour nous enfants en chassant les bandits et les criminels de toutes couleurs, de toutes identités politiques et sociales qui nous causent de la peine, qui nous empêchent de respirer comme de vrais humains.

 

         Nous devons nous libérer nous-mêmes de cette prison où nous sommes, car personne d´autre ne va nous aider à sortir de cet enfer là. Les blancs au contraire sont en train de rire de nous autres, car ils nous considèrent pour des imbéciles, un peuple qui n´a pas de rêve, qui n´a pas de vision de la réalité du monde qui évolue, qui change à chaque seconde. Aujourd´hui plus que jamais nous devons être fiers de notre passé, malgré cette page triste de notre histoire que nous sommes en train de vivre. Permettez-moi encore de vous rappeler une des phrases de Marcus Garvey : « soyez autant fiers de votre race aujourd´hui que l´étaient vos pères dans le passé. Nous avons une histoire magnifique, et nous allons en créer une autre dans l´avenir qui étonnera le monde ».

 

Auteur : Paul Staël Kesnel Louissaint

 



Article ajouté le 2006-12-25 , consulté 234 fois

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